« On ne continuera pas le cabri lourd »

Pionnier du programme Goatober en France, Emmanuel Hardy ne prévoit pas de poursuivre l’élevage de cabris lourds. Il témoigne de son expérience.

Installé avec son épouse sur la Ferme de la Basse-Beuvrie, à Laigné en Mayenne, Emmanuel Hardy élève une soixantaine de chèvres de race Alpine en bio et fabrique des fromages qu’il écoule en vente directe. Comme il ne se satisfait pas de vendre ses chevreaux « 2,5 € entre 3 et 8 jours », il a pour habitude d’engraisser les mâles jusqu’à l’âge de 2 mois, avant le sevrage. Les plus beaux sont conservés pour être vendus en colis de viande à des particuliers. Quelques-uns sont vendus à des restaurants ou à des bouchers locaux. À l’âge de 2 mois, les animaux pèsent entre 15 et 22 kg pour 7 à 10 kg de carcasse.

En 2018, Emmanuel Hardy fut le seul éleveur caprin à expérimenter la production de cabri lourd dans le cadre du projet Goatober. Cinq chevreaux avaient été réservés, qui n’ont pas tenu leurs promesses en termes de croissance : ils pesaient 35 kg au moment de l’abattage à 7 mois, au lieu des 45 kg attendus. « Économiquement, ça a été nul car les animaux n’étaient pas assez gros au départ, faute de sélection. Ça n’a pas rentabilisé le travail. » En 2019, dix « beaux chevreaux » ont été sélectionnés et l’opération s’est révélée plus intéressante avec un poids moyen de 41,2 kg vif à l’abattage à 8 mois. Les carcasses pesaient en moyenne 18,4 kg et ont été vendues 12 €/kg. Un prix qui équilibre tout juste les dépenses. Autres freins majeurs : trouver de la place sur la ferme pour élever ces animaux, et identifier de nouveaux débouchés en dehors de la vente directe. « C’est compliqué de vendre aux restaurants. » Conclusion : malgré le succès de l’opération auprès des clients, « on ne continuera pas le cabri lourd » et, selon lui, « très peu d’éleveurs, même fromagers », seraient tentés par l’aventure.

En revanche, Emmanuel Hardy entend bien poursuivre l’élevage de jeunes chevreaux jusqu’à 2 mois. Son coût de production, main-d’œuvre incluse mais hors charges fixes, s’établit à 16,80 €/kg carcasse, pour un prix de vente de 17,80 €/kg. Ce n’est pas Byzance mais les consommateurs sont sensibles à la cohérence de la démarche lait + viande, explique Emmanuel Hardy. En 2020, il a écoulé 25 chevreaux de ce type en vente directe. Une autre partie des chevreaux (mâles et femelles) a été vendue à Loeul & Piriot à 9,7 kg de poids vif et payée au prix de 3,00 €/kg vif.

Lisez également

Le Gaec Les Caprins de St Martin : 100 % Bio et 100 % autonome

Christophe Tardé et ses associés, éleveurs bio en Vendée, ont bâti un modèle fourrager original, leur garantissant une autonomie totale. Seuls les vitamines et les minéraux sont achetés. Ils ont diversifié leurs productions et réalisent des stocks fourragers tout au long de l'année. Un développement rendu possible grâce à  l'irrigation.