Le Gaec Les Caprins de St Martin : 100 % Bio et 100 % autonome

Christophe Tardé et ses associés, éleveurs bio en Vendée, ont bâti un modèle fourrager original, leur garantissant une autonomie totale. Seuls les vitamines et les minéraux sont achetés. Ils ont diversifié leurs productions et réalisent des stocks fourragers tout au long de l’année. Un développement rendu possible grâce à  l’irrigation.

Dans la cour de ferme du Gaec Les Caprins de St Martin, les balles d’enrubannage ne manquent pas. Sous le hangar, les balles de foin de luzerne sont également en nombre. Une partie d’entre elles sont déjà vendues. Difficile de croire que l’été 2022 a été aussi sec sur ce territoire de Vendée adossé au Marais. La remorque autochargeuse est toujours attelée à l’un des tracteurs de l’exploitation. L’éleveur bio vient d’affourager en vert les chevrettes, qui se régalent de la luzerne bien feuillue.  « Cette année, nous avons essayé le sorgho multicoupes. Nous avons dû irriguer pour favoriser la levée, mais le résultat semble intéressant. Notre sorgho dépasse par endroits le mètre de hauteur », explique Christophe Tardé. À côté de cette parcelle bien verte, un tracteur prépare le sol pour implanter du colza fourrager : « C’est une première pour nous. Nous devrions distribuer ce colza au bétail au cœur de l’automne, en s’appuyant sur notre remorque autochargeuse. Si les sols sont portants, le pâturage peut également être envisagé mais la parcelle me semble un peu éloignée de la chèvrerie », poursuit Christophe Tardé. Les éleveurs vendéens produisent également du soja et du méteil grain (mélange de triticale, d’épeautre, d’avoine, de féverole et de pois) destiné à leur cheptel. Le soja est toasté avant d’être distribué aux animaux en tout début de lactation. Les trois premières semaines de lactation, les chèvres en reçoivent entre 200 et 250 g lors de la traite. Elles pâturent également une bonne partie de l’année les luzernières. « Nous n’hésitons pas à expérimenter des productions, poursuit Christophe, qui précise tout en gardant en tête que sans irrigation rien n’est possible. Nos aînés ont mis en place cette organisation dans les années 70 et depuis, nous avons appris à bien gérer cette ressource. L’eau a un coût (entre 20 et 30 centimes du m3) et nous ne la gaspillons pas ». Les éleveurs constituent leurs stocks fourragers tout au long de l’année, ce qui permet d’atténuer les effets délétères des périodes de canicule et/ou de sécheresses. Au fil des ans, la surface consacrée au maïs a diminué au profit d’autres productions, De 50 ha, ce fourrage ne représente plus que 20 ha en 2022. « La restriction en eau a débuté très tôt au sein de notre groupe d’irrigants. Nous nous sommes adaptés et nous avons réduit nos surfaces en maïs »

UNE  MARGE SUR COÛT ALIMENTAIRE DE 931 € /1000 LITRES

Produire des fourrages de qualité n’est pas toujours aisé en bio alors Christophe Tardé et ses associés ont essayé de mettre un maximum d’atouts de leur côté. Les rotations culturales sont longues et s’appuient sur un grand nombre d’espèces, dont la luzerne qui permet de bien nettoyer les sols. Les sols restent couverts pour éviter le salissement des parcelles. Pour le désherbage, le Gaec a investi dans une bineuse et une herse étrille. Pour récolter rapidement, les exploitants vendéens possèdent tout l’équipement nécessaire à la fenaison. Enfin, côté fertilisation, ils ont recours depuis 2018 au Bactériosol et au Bactériolit, deux produits de la société Sobac. « Le fumier est plus facile à épandre. Il dégage moins d’odeur d’ammoniac, Le sol est plus riche en vers de terre : les mouettes sont même de retour derrière le tracteur lorsque je charrue ! ». Enfin, histoire de mettre toutes les chances de leur côté, les éleveurs disposent d’un séchoir à balles ! Ainsi, au Gaec Les Caprins de ST Martin, les fourrages sont de qualité optimale. Il faut dire que les associés se donnent du mal pour préserver la qualité de la luzerne : « Nous possédons en copropriété un andaineur à tapis Roc, une faucheuse à plat de 6 m et un round baller. Nous sommes bien équipés et dès que les conditions météorologiques sont favorables, nous pouvons aller vite…» La recherche de l’autonomie nécessite de ne pas compter ses heures et d’intervenir très rapidement pour profiter des meilleures fenêtres météo. Bien souvent la luzerne est fauchée à la tombée de la nuit, puis andainée le matin très tôt. Le pressage peut avoir lieu de nuit. Tout est fait pour préserver la qualité de la luzerne.

Tous ces efforts permettent au Gaec de se distinguer par un coût de production très compétitif : 237 €/ 1000 litres en 2021. La hausse du coût des matières premières ne devrait pas trop les impacter à l’exception du coût de l’énergie. Les exploitants sont donc sereins. La marge sur coût alimentaire culmine à 931 €/1000 litres. Il faut dire qu’en 2021 le lait a été payé au prix de 1085 €/1000 litres. En 2022, le prix de base a baissé. Le point faible de l’exploitation se situe au niveau de la production laitière : la moyenne plafonne autour de 600 litres par chèvre. « La ration n’est pas en cause. Certaines chèvres dépassent les 1 000 litres. Nous héritons de problèmes liés à une fusion de troupeaux mal préparée ». Suite à l’association des deux troupeaux, l’élevage a tout connu ou presque. Ainsi, la chlamydiose qui a provoqué jusqu’à 180 avortements par an, a fragilisé le troupeau. Les chèvres ont connu des troubles immunitaires. S’en sont suivis des passages de pasteurellose, de listériose et de fièvre Q. Pendant plusieurs années, aucune sélection n’a pu être possible. Il a fallu se contenter d’élever les chevrettes qui survivaient à toutes ces pathologies. Depuis lors, les associés ont mis en place un protocole vaccinal abouti pour réduire le nombre d’avortements. Désormais, les problèmes sanitaires sont oubliés ou presque et le cap est mis sur les 850 kg de lait par chèvre.  

ERWAN LE DUC

 

EN CHIFFRES…

LE GAEC LES CAPRINS DE SAINT-MARTIN

  • Trois associés (Florence, Simon et Christophe Tardé), deux salariés à temps partiel (pour un équivalent temps plein au total) et une apprentie 
  • un cheptel de 550 Saanen 
  • une trentaine de brebis de race vendéenne 
  • un prix du lait de 1085 € /1000 litres en 2021 et de 875 € /1000 litres en août 2022  
  • Le lait est collecté par la laiterie La Lémance (prix fixé pour trois ans)
  • une SAU de 195 ha dont 26 ha de méteil grain (triticale, épeautre, avoine féverole), 22 ha de blé tendre, 14 ha de soja, 12 ha de maïs, 21 ha de tournesol, 13 ha d’orge de brasserie, 28 ha de luzerne, 50 ha de prairies temporaires et permanentes, 3,5 ha de lentilles.  

 

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