Quand un grand troupeau produit des fromages primés

Les associés de la SCEA du Chêne Blanc montrent au quotidien qu’il est possible de conduire un grand troupeau et de produire des fromages et des yaourts de qualité, récompensés à plusieurs occasions. Soucieux de la santé de ses animaux comme des consommateurs, les exploitants ont par ailleurs adhéré à la démarche Bleu-Blanc-Cœur. Robot d’alimentation, fromagerie moderne…, cet élevage ne manque pas d’attrait.

En ce 1er juillet, les Saanens de la SCEA du Chêne Blanc (Deux-Sèvres) se remettent progressivement de la première vague de canicule de l’été 2019. Si le visiteur candide ne se rend compte de rien, Philippe Robin, éleveur aguerri et principal associé de la structure constate les dégâts occasionnés par cette première grosse chaleur de l’année. « La table d’alimentation devrait être vide à cette heure (en début d’après midi N.D.L.R.) mais les chèvres n’ont pas d’appétit », pointe-t-il. La semaine précédente, les températures ont frôlé les 40 °C, « l’ingestion a chuté brutalement ». Alors, même dans un bâtiment moderne et correctement ventilé, les chèvres souffrent. Philippe Robin ne laisse rien au hasard. Le contrôle laitier, tout comme le suivi des performances Visiolait attestent des excellents résultats de l’élevage. Les 1 050 chèvres produisent en moyenne 4 kg de lait à un stade moyen de lactation de 3,9 mois. Les primipares atteignant 3,5 kg et les multipares culminent à 4,7 kg de lait. Les performances de reproduction sont elles aussi au rendez-vous : 25 % du cheptel est inséminé avec un taux d’efficacité en première IA de 70 %. L’éleveur mise sur la monte dirigée avec un lot de 12 chevrettes par boucs, histoire de disposer de certificats de filiation. L’éleveur commercialise en effet de la génétique auprès de Soléo. Au total 510 chevrettes ont ainsi été commercialisées en 2018. Elles partent soit gestantes, soit à 1,5 mois. L’exploitant vend également des reproducteurs mâles. Au final, la génétique génère 120 000 euros de chiffre d’affaires.

Conserver la valeur ajoutée

En fait, ce grand troupeau cherche à conserver le maximum de valeur ajoutée sur son exploitation. Outre la vente de génétique, les éleveurs ont choisi d’engraisser eux-mêmes les chevreaux à partir de lait entier et de colostrum. « Le produit viande ne peut être négligé. On cherche à valoriser au maximum les produits de notre exploitation. » La viande de chevreaux est valorisée entre 2,70 et 3,20 €/kg. L’aménagement du bâtiment d’engraissement a été bien pensé. L’édifice est notamment munis d’un système de ventilation dynamique pour garantir les meilleurs conditions d’élevage possible.

Enfin, l’élevage s’est doté d’une laiterie pour valoriser au mieux le lait produit sur l’exploitation. Au fil des années, les exploitants ont développé une large gamme de fromages, yaourts et autres fromage blanc. Les produits sont commercialisés via une épicerie fine et les magasins Plaisir Fermier sur Niort (préfecture des Deux-Sèvres). Les produits de la laiterie sont également écoulés auprès d’autres canaux de proximité, comme la Ruche qui dit Oui à Niort ou Saint-Jean-d’Angély (Charente-Maritime). Cette activité, loin d’être insignifiante, génère déjà 45 000 euros de chiffre d’affaires pour 20 000 litres de lait transformés. « Les spécialités de l’Ultra Frais génèrent une valeur ajoutée plus intéressante avec une valorisation brute du lait à 4 €/litre. Nous souhaitons montrer au consommateur qu’un grand troupeau peut également produire des produits laitiers de qualité. Au final, si la gestion d’un élevage de 300 ou de 1 000 chèvres est comparable, le chiffre de 1 000 têtes constitue, à mes yeux, un seuil. Dépasser cette limite implique de modifier ses pratiques. Cela pose notamment des questions d’organisation au moment des mises bas avec un pic de travail et des questions au niveau de la traçabilité des mises bas ». Soucieux de rassurer le consommateur, l’éleveur s’est engagé dans la démarche Bleu-Blanc-Cœur. « Cette démarche est séduisante à plusieurs niveaux. Tout d’abord par rapport au concept : pour favoriser la santé des consommateurs, on s’appuie sur une alimentation saine des animaux d’élevage. Considérant que les omégas 3 ont des effets anti-inflammatoires et que les omégas 6 produisent l’effet inverse, apporter une ration aux chèvres laitières en veillant à la teneur en oméga 3 s’avère donc essentiel pour garantir la bonne santé du troupeau. De plus, cette démarche est motivante pour l’éleveur car nous avons une obligation de résultat. ». Autre exemple de son attachement à l’image de son produit, Philippe Robin ne donne plus d’huile de palme à ses chèvres en production. Au final, le logo Bleu-Blanc-Cœur orne la gamme de produits laitiers de l’élevage : « Il reste encore du travail à faire pour mieux expliquer la démarche Bleu-Blanc-Coeur aux consommateurs, mais celle-ci  les sécurise d’ores et déjà ». Le reste du lait de la SCEA du Chêne Blanc est valorisé auprès de l’ULVV (laiterie du Verneuil). En 2018/2019, le lait a été payé en moyenne entre 673 et 698 euros/1 000 litres

Erwan Le Duc

La SCEA du Chêne Blanc en chiffres 

  • 3,3 unités de main-d’œuvre dont 2,5 sont salariés ;
  • une surface agricole utile de 92 hectares dont 30 ha de céréales, 15 ha de tournesol. Le reste étant consacré à la production d’herbe (ray-grass hybride et trèfle);
  • 1 050 Saanen à la traite produisant au total 1,1 million de litres de lait,
  • un TB de 34,6 g/l et un TP de 33,4 g/l.

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