Dès que la température extérieure dépasse 25°C ou que l’indice température-humidité (THI) atteint 74, les chèvres souffrent de stress thermique. Cela entraîne une dégradation de leur bien-être, une baisse de la productivité et une augmentation des risques sanitaires

LE STRESS THERMIQUE PROVOQUE DE NOMBREUSES PERTURBATIONS MÉTABOLIQUES CHEZ LA CHÈVRE LAITIÈRE.
La température ressentie par l’animal ne dépend pas uniquement de la température de l’air. Elle est également influencée par la vitesse de circulation de l’air, le taux d’humidité ambiante, l’état de la litière et du pelage, la température des murs et du plafond, ainsi que par l’exposition directe ou non au soleil. Il est donc essentiel de prendre en compte l’ensemble de ces éléments pour évaluer le niveau de confort thermique des chèvres. Le HLI (Heat Load Index), moins utilisé que le THI, prend en compte l’humidité relative, la vitesse de l’air (VA) et l’impact du rayonnement solaire direct et indirect, notamment à travers des matériaux qui emmagasinent puis restituent la chaleur (toiture, murs).
DES CONSÉQUENCES MÉTABOLIQUES
Dans l’attente des résultats du projet Baticool, il est admis que l’inconfort des caprins, jeunes ou adultes, débute dès 16 à 18°C et que leur adaptation devient difficile à partir de 25°C. Ce seuil de température, qui vaut pour un air sec, diminue à mesure que l’hygrométrie augmente, car celle-ci pénalise l’évacuation de la chaleur. Le stress thermique provoque de nombreuses perturbations métaboliques.
« Une chèvre de 54 kg produit naturellement de la chaleur en métabolisant l’énergie de sa ration. Ainsi, 31 % de cette énergie est transformée en chaleur ! », souligne Davide Yanez, enseignant-chercheur en Espagne lors d’un colloque organisé par Philéo by Lesaffre en avril dernier. Il continue en précisant : « par rapport à une chèvre tarie, une laitière produisant 2,21 kg/j, génère 27 % de chaleur en plus. Si la production laitière atteint 3,31 kg/j, le surplus de chaleur augmente de 48 % ! ». En situation de stress thermique, les premières adaptations de la chèvre consistent à réduire l’ingestion d’aliment et à diminuer sa production de lait.
Enseignant à Grenade (Andalousie), ce spécialiste a suivi le comportement des chèvres lors de périodes de stress thermique. « Nous avons comparé leurs comportements lorsqu’elles étaient soumises à un THI de 71 et de 77. Avec un THI de 77, les chèvres ne s’alimentent plus que la nuit et ne bougent presque plus dans la journée ». La chute de production laitière peut atteindre 0,59 kg/chèvre/j. Au-dessus de 77 de THI, la chute culmine à 0,92 kg/jour.
Pour faire face à des températures élevées, la chèvre qui ne transpire pas, réduit ses prises alimentaires. Elle augmente son rythme respiratoire et sa température corporelle. Le flux sanguin chute de 24 % et la mamelle est donc moins bien irriguée. Le temps de rumination diminue de l’ordre de 10 à 20 %. Des modifications des paramètres sanguins sont également observées. Le pouvoir tampon de la salive diminue. Le risque d’acidose ruminale s’accroît, tout comme les besoins en énergie liés à la thermorégulation. Sur le plan sanitaire, les conséquences sont tout aussi préoccupantes. L’incidence des mammites cliniques et les taux cellulaires augmentent. L’acidose du rumen peut entraîner des troubles digestifs. Le système immunitaire est affaibli.
Chez les chèvres taries, le stress thermique accroît le risque d’avortement, de rétention placentaire et de pathologies néonatales. Dans les cas les plus sévères, il peut également entraîner une hausse de la mortalité. Une baisse de la production laitière, de l’ingestion et des taux, ainsi que des changements de comportement – comme un regroupement autour des zones fraîches – sont autant de signes révélateurs. Chez les boucs soumis au stress thermique, la libido, la qualité et la quantité des spermatozoïdes diminuent, possiblement pendant 60 jours.
LES STRATÉGIES NUTRITIONNELLES
Les effets négatifs du stress thermique peuvent être limités grâce à des adaptations de la ration alimentaire. Il est notamment recommandé d’augmenter le taux de sodium dans la matière sèche sous forme de bicarbonate de sodium. Il est aussi primordial de maintenir à disposition de l’eau propre et fraîche, à proximité des points d’alimentation. La consommation d’eau d’une chèvre atteint 4 à 6 l/j à 25°C, mais 6 à 8 l/j à 30°C. Il est préférable de distribuer la ration en fin de journée plutôt que le matin, et d’y incorporer de l’eau afin de favoriser l’ingestion. Les aliments qui fermentent ou qui ont chauffé doivent être éliminés, tout comme les refus. Enfin, l’apport de levures vivantes peut contribuer à stabiliser la flore du rumen et à soutenir la santé digestive. D’autres additifs ou extraits de plantes peuvent être ajoutés à la ration pour aider les chèvres à supporter le stress thermique.
L’ENVIRONNEMENT ET LE BÂTI
L’environnement de l’animal joue un rôle déterminant dans la gestion du stress thermique. Il est impératif de proposer de l’ombre lorsque les animaux sont au pâturage. Les bâtiments doivent permettre une bonne circulation de l’air. Chercher à maximiser la circulation naturelle de l’air et s’appuyer sur des systèmes de ventilation, dès que la température atteint 20°C, peut sensiblement améliorer le confort thermique. Quatre types de matériels (rideau guillotine rigide, filet brise-vent/toile enroulable, claires-voies coulissantes, fenêtres à soufflet) sont plébiscités par les spécialistes. Si cela ne suffit pas pour gérer les canicules sans vent, des turbines de ventilation à flux horizontal, légèrement inclinées vers les chèvres, pourront être installées, à raison d’une tous les 12 à 14 mètres. La vitesse de l’air recommandée est de 1 m/s. Pour les bâtiments neufs, il est essentiel de concevoir une structure adaptée aux enjeux climatiques. L’isolation des toitures permet de limiter l’accumulation de la chaleur. « Il y a vingt ans, je ne conseillais pas à un éleveur d’isoler son bâtiment », reconnaît Christophe Béalu, conseiller en bâtiments caprins et géobiologue à la Chambre d’agriculture de Charente-Maritime et des Deux-Sèvres. Aujourd’hui, la priorité, c’est « l’isolation de la toiture », avec des plaques de mousse de polyuréthane de 40 mm (voire 60 mm dans les régions plus chaudes) à poser sous pannes. Les vitres translucides doivent être supprimées ou repeintes avec de la peinture d’ombrage type « Arcaserre ». La perte de lumière sera compensée, si nécessaire, par des ouvertures latérales – ce qui ne se faisait « quasiment pas il y a trente ans. »
ERWAN LE DUC
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